Au rythme des saisons, le cycle du Foin de Crau
Au Grand Peyras, la production du Foin de Crau AOP suit un cycle naturel où chaque saison joue un rôle essentiel. De l'irrigation des prairies au pâturage hivernal des brebis, les gestes agricoles se succèdent dans le respect d'un savoir-faire transmis depuis des générations.
Sur nos 80 hectares de prairies d'un seul tenant, l'eau, la terre, le soleil et les animaux participent à un équilibre précieux que nous nous attachons à préserver année après année.
Printemps — Le réveil des prairies
L'irrigation gravitaire, un savoir-faire ancestral
Avec le retour des beaux jours, l'irrigation des prairies reprend grâce aux eaux de la Durance, acheminées par un réseau historique de canaux.
L'arrosage s'effectue par gravité, sans pompage sur les parcelles. L'eau est dirigée à travers les prairies grâce à un système de martelières, dont l'ouverture et la fermeture permettent de contrôler sa circulation et de répartir les volumes nécessaires.
Cette gestion exige une présence régulière, de jour comme de nuit, selon les tours d'eau et les rotations d'irrigation. Chaque parcelle doit recevoir la quantité d'eau adaptée pour favoriser une croissance homogène.
Au-delà de son rôle hydrique, l'eau de la Durance contribue à la fertilité des sols grâce aux fines particules minérales qu'elle transporte.
Mai — La première coupe
La fauche, première étape de la récolte
Lorsque les prairies atteignent le stade de développement recherché, généralement au mois de mai, débute la première coupe.
La fauche consiste à couper l'herbe à une hauteur adaptée, afin de préserver la capacité de repousse des plantes et de préparer les récoltes suivantes.
Cette première coupe, souvent caractérisée par une proportion importante de graminées, donne un foin aux tiges relativement longues et riches en fibres structurantes.
La fanaison, le travail du soleil et du vent
Une fois coupée, l'herbe est laissée au sol pour sécher naturellement sous l'action du soleil et du vent.
La fanaison permet de favoriser une diminution progressive et homogène de l'humidité. Selon les conditions météorologiques et le stade de séchage, l'herbe peut être retournée ou aérée mécaniquement.
Cette étape demande une attention particulière : un foin insuffisamment sec se conserve mal, tandis que des manipulations excessives peuvent provoquer la perte de feuilles et de précieux éléments nutritifs.
L'andainage et le pressage
Lorsque le foin atteint un niveau de séchage satisfaisant, il est regroupé en longues lignes régulières appelées andains.
L'andainage facilite son ramassage par la presse, qui le conditionne en balles adaptées à la manutention, au stockage et au transport.
Chaque balle est ensuite liée et préparée pour être mise à l'abri, en préservant autant que possible la structure et les qualités du fourrage.
Un stockage protégé dès la récolte
Dès leur sortie des prairies, les balles sont acheminées vers nos vastes hangars fermés.
Protégé des intempéries, de la poussière et des reprises d'humidité, le foin peut ainsi être conservé dans de bonnes conditions jusqu'à son expédition.
Cette maîtrise du stockage constitue une étape essentielle pour préserver les caractéristiques de chaque coupe et garantir la qualité de nos produits tout au long de l'année.
Été — Deux nouvelles récoltes
Trois coupes, trois expressions de notre terroir
Après la première récolte, les prairies sont à nouveau irriguées afin d'accompagner leur repousse.
La deuxième coupe intervient généralement entre la fin du mois de juin et juillet, suivie de la troisième coupe à la fin de l'été, souvent entre août et septembre.
À chaque récolte, la composition végétale évolue naturellement. Les proportions de graminées, de légumineuses et de plantes diverses varient, donnant naissance à des foins aux caractéristiques nutritionnelles complémentaires.
Ces trois coupes successives sont le résultat d'une gestion attentive de l'eau, du développement des plantes et des conditions de récolte.
Automne et hiver — La quatrième coupe, confiée aux brebis
Le pâturage hivernal, une tradition vivante
Après la troisième récolte, les prairies poursuivent leur cycle végétatif. Cette dernière repousse, traditionnellement appelée quatrième coupe, n'est pas récoltée mécaniquement : elle est réservée au pâturage des troupeaux de brebis.
Notre bergerie, implantée directement sur la propriété et pouvant accueillir jusqu'à 2 000 brebis, permet de perpétuer cette complémentarité historique entre la production fourragère et l'élevage ovin.
En pâturant, les animaux entretiennent naturellement les prairies, limitent l'accumulation de végétation et participent à la régénération du couvert végétal.
Leur passage contribue également à la dispersion des graines et au recyclage de la matière organique, favorisant le maintien de la diversité botanique des prairies permanentes.
Des prairies vivantes, refuges de biodiversité
Pendant la saison hivernale, nos terres deviennent également un espace de vie et d'alimentation pour de nombreuses espèces animales.
Les prairies de la Crau accueillent notamment des oiseaux tels que les hérons, les aigrettes et les cigognes, qui peuvent profiter des espaces ouverts et de la présence d'insectes et de petits animaux.
Cette biodiversité témoigne de l'importance des prairies irriguées dans l'équilibre écologique de la Crau verte, où agriculture et milieux naturels coexistent depuis des siècles.
Fin d'hiver — Nourrir la terre pour préparer l'avenir
Le fumier des brebis, une ressource naturelle
Après le départ du berger et de ses troupeaux, vient le temps du curage de la bergerie.
La litière accumulée pendant l'hivernage, composée de matières végétales et de déjections ovines, est récupérée puis valorisée sous forme de fumier organique.
Après une préparation adaptée, ce fumier est épandu sur les prairies selon leurs besoins et dans le respect des bonnes pratiques agricoles.
Il contribue à restituer au sol une partie des éléments nutritifs mobilisés par la croissance des plantes, tout en favorisant l'entretien de sa fertilité et de son activité biologique.
Un cycle vertueux qui se renouvelle chaque année
Avec l'arrivée du printemps, les prairies reprennent leur croissance, l'irrigation recommence et les premières récoltes se préparent.
L'eau nourrit les prairies, les prairies nourrissent les animaux, et les animaux contribuent à leur tour à enrichir la terre.
Au Grand Peyras, ce cycle se perpétue d'année en année, associant les traditions agricoles de la Crau, la préservation des ressources naturelles et notre exigence de qualité.
Une agriculture vivante, où chaque saison prépare la suivante.